Monday, March 26, 2007

SUR LES SILENCES



Il y a des silences aussi blancs et aussi compliqués
que le sentiment de victoire des corps carnivores de Vayenas.

Des silences mélancoliques et des silences nostalgiques
des silences discrets ou stridents
des silences saccadés, précipités, comme les préludes asthmatiques de la mort.

Les silences de la chair vaincue, des silences gestuels
le silence d’avant le lever du rideau
des silences chauds et des silences blancs
les silences violets.

Et tes silences.

Les silences surréalistes et sur-irréalistes des poètes
les silences des silencieux et les silences des matins silencieux
les silences de celui qui se tait et décapite les tulipes
les silences de Blaga muet comme un cygne
les silences platoniques de Socrate
les silences pythagoriques
les silences infinis d’avant le premier mot.

Les silences des paumes embrassées
les silences du baiser
les silences inégaux de tes pas s’éloignant de moi
les silences de la pierre s’asseyant à La Table du Silence.

Et tes silences.

Des silences bruyants, loquaces, hypocrites
des silences qui ne peuvent pas se taire
des silences qui regardent leurs mots dans le miroir et sourient.

Le silence du crime et le silence du châtiment
les silences de lait du nouveau-né
les silences du noir, les silences des après-midi d’été
les silences en averse de la pluie
les silences blancs et glissants de la neige.

Et tes silences.

Le silence spontané dans une salle de cinéma lorsque le personnage principal du film meurt de façon absurde (mais nécessaire), laissant à mi-chemin – le chemin du retour à la maison – plusieurs spectateurs tristes et inconsolés.

Des silences orgueilleux et des silences coupables imprégnés de désir
le silence de la balle traversant de façon absente la chair surprise de la victime
les silences du mot silence.

Les silences de sable des miroirs abandonnés par les regards
les silences du corps abandonné par la vie
les silences sourds de ceux pour lesquels le son n’est qu’un geste.

Et tes silences lorsque tu t’approches de moi.

Des silences vicieux
les silences transparents de la tristesse
les silences dionysiaques du sang
les silences sanguins de l’amour
les silences monosyllabiques de la trahison.

Les silences des nombres parfaits, les silences du chiffre 19
les silences de 3, les silences de plus infini
les silences du réveil.

Et tes silences lorsque tu t’éloignes de moi.

Les silences mécaniques de l’amour loué au coin de la rue
les silences supérieurs des femmes inabordables en apparence
les silences tactiles des gestes neutres.

Le silence de la fin d’un roman, d’une poésie, d’un ami
le silence en velours vert et noir de tes yeux
les silences épidermiques de tes épaules blanches avec lesquelles tu fends les fenêtres en
deux.

Le silence des agneaux, le silence de l’hôtel Le Cygne
Crystal Silence de Chick Corea & Gary Burton
et, enfin, le silence de mon ombre s’approchant de ta fenêtre.

(traduit du roumain par Valentina Butoescu)

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